Le sport, un média performant pour donner à chaque adolescent les bases d’une culture scientifique indispensable pour comprendre le monde moderne, numérique et technologique, qui nous entoure.

Le Conseil d’Administration du Centre Régional d’Innovation  et de Transfert de Technologie en Sport et Loisirs (adossé au département RoBioSS de l’Institut Pprime CNRS UPR  3346), réuni le 13 mai 2016 a mandaté son président pour qu’il propose au Comité de candidature des JO Paris 2024 la contribution suivante au volet « éducation et culture » :

 

 

 

Le sport, un média performant pour donner à chaque adolescent les bases d’une culture scientifique indispensable pour comprendre le monde moderne, numérique et technologique, qui nous entoure.

 

 

 

Un monde en pleine mutation

 

 En 1995, le livre blanc de la commission européenne « Enseigner et apprendre-vers la société cognitive » (préfacé par Edith CRESSON, membre d’honneur du C.A. du CRITT-SL) nous indique déjà que « parmi les changements nombreux et complexes qui traversent la société européenne . . .  trois chocs moteurs sont plus particulièrement perceptibles  . . . ; le choc de la société de l’information qui a pour effet principal de transformer la nature du travail et l’organisation de la production. . . ; le choc de la mondialisation qui bouleverse les données de la création d’emplois. . . ; le choc de la civilisation scientifique et technique . . . qui fait naître un sentiment de menace voire des craintes irrationnelles dans la société. De nombreux pays européens ont entrepris de répondre à ce malaise en promouvant la culture scientifique et technique et ce, dès l’école». De l’avis des experts européens, il existe un risque « que la société se divise entre ceux qui peuvent interpréter, ceux qui ne peuvent qu’utiliser et ceux qui sont marginalisés dans une société qui les assiste, autrement dit, entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. »

 

 

Un rôle éducatif nouveau dévolu au sport à l’école . . . mais, en l’état, où en est-on ?

 

Il y a plus de trente ans, Gérard Vergnaud nous alertait déjà à propos de l’évolution permanente des divers contenus disciplinaires de l’école et des meilleurs moyens d’enseigner : d’une part, les contenus doivent  refléter à la fois les évolutions des connaissances, des découpages disciplinaires et des professions ; d’autre part, les contenus dépendent de contraintes essentielles comme le développement cognitif, affectif et social des élèves et des adultes en formation, ou, comme leur signification pour qui ils sont destinés.

 

Quelle est la priorité éducative à mettre en place ? A notre avis, favoriser l’accès à une  culture scientifique moderne passe par  l’objectif de donner aux enfants, dès que possible, le goût de l’explication scientifique afin de comprendre le monde qui nous entoure au quotidien ; malgré les nombreux efforts consentis par notre communauté de chercheurs scientifiques, cet objectif prioritaire est loin d’être atteint et les sciences de nos jours font peur. La compréhension du monde est pourtant possible, si l’on peut percevoir son sens, comprendre son fonctionnement et y trouver son chemin. Comment y parvenir ? Il faut, pour être efficace et ne pas reproduire les inégalités sociales habituelles, nous appuyer sur un média porteur ayant du sens pour une grande majorité des enfants scolarisés (puis des adolescents) et pour leurs familles. De ce point de vue, le sport n’a été jusqu’ici que peu utilisé ; nous avons contribué par nos recherches sur l’optimisation des gestes sportifs, effectuées depuis une vingtaine d’années au sein de structures CNRS, à ce que le  sport puisse s’avérer ce média tant recherché ; nous avons acquis la conviction qu’il est ainsi possible de rompre avec les représentations trop dogmatiques des savoirs scientifiques en organisant une relation vivante entre les aspects pratiques et théoriques de la connaissance. De nos jours, la seule pratique d’activités physiques dans le cadre de l’EPS enseignée à l’école, du sport scolaire puis associatif, certes fondamentale, n’est pas suffisante ; les A.P.S. ont été cantonnées jusqu’ici à l’école dans un rôle complémentaire ; si les élèves, en majorité, apprécient les séances d’EPS pour leur convivialité par opposition aux autres disciplines, ils considèrent de fait l’EPS comme un enseignement à part, permettant surtout des moments de pauses intellectuelles ; présente dans chacune des années de la scolarité,  l’EPS en reste à un enseignement des techniques sportives et ne fait que trop rarement appel à des connaissances  empruntées aux autres disciplines scolaires.

 

 Afin de combattre  certaines idées tenaces empreintes d’empirisme à propos de l’analyse des gestes sportifs, les sphères éducatives mais aussi le monde olympique se doivent de faire connaitre l’évolution récente des contenus scientifiques. Il s’agit ainsi de moderniser  les valeurs éducatives associées au sport, objets parfois de discours incantatoires dans lesquels des solutions performantes sont généralement absentes.

 

Les choses sont sans doute en train de changer ; les programmes des classes de seconde des lycées, à partir de la rentrée 2010, font du sport, à l’instar de la santé et de l’univers, un des thèmes de convergence pour les sciences physiques et chimiques mais les enseignements en EPS n’y sont pas explicitement conviés alors que l’EPS présente une multitude de travaux pratiques personnalisés tout au long de la scolarité. L’objectif premier pour l’Education Nationale est pourtant « de montrer concrètement que l’analyse de l’activité sportive est possible en ayant recours à des connaissances et des méthodes scientifiques. Leur prise en compte dans une approche pluridisciplinaire permet d’améliorer la pratique sportive et de l’adapter de façon raisonnée à la recherche d’un bon état de santé. L’étude du mouvement : l’observation, l’analyse du mouvement et le chronométrage constituent une aide à l’activité sportive. Des lois de la physique (notions de mécanique newtonienne) permettent d’appréhender la nature des mouvements effectués dans ce cadre ».

 

A ce propos, une visite sur le site officiel  Eduscol est édifiante ; on y trouve beaucoup de rédactions ayant pour thème la chimie des produits  dopants, un comble ! Par contre, aucune étude scientifique de gestes sportifs ! Il est vrai que le contenu du programme de mécanique se réduit à l’étude d’un seul point matériel. De ce fait, depuis de nombreuses décennies, l’ensemble des enseignants scientifiques, au cours  de leurs  propres études secondaires, n’ont  jamais eu accès à la culture de base permettant d’expliquer correctement aux adolescents comment améliorer leurs performances gestuelles. Au contraire, des règles d’action empiriques se sont imposées car elles sont proches des sensations à reproduire pour être efficace ; de plus, elles donnent le change car elles empruntent les vocables utilisés en mécanique mais sans en donner la même définition : force, vitesse, puissance, accélération, impulsion, énergie . . .  

En 2016, à notre avis, le sport n’est toujours pas un thème de convergence scientifique fiable au collège ou au lycée. Comment faire pour améliorer les choses de manière efficace ?

 

 

 

 

Le colloque Coubertin 2015 a ouvert de nouvelles perspectives

 

Nous venons d’organiser à Poitiers, avec nos partenaires habituels, les 12 et 13 novembre 2015, le colloque Pierre de Coubertin ; il a permis une réflexion novatrice et approfondie, liant enjeux et connaissances scientifiques, repères historiques, pratiques pédagogiques et initiatives concrètes autour de trois thèmes :

  - le sport au service de l’enseignement des sciences.

  - le sport à l’âge scolaire au service de la santé pour la vie.

  - le sport au service de l’enseignement moral et civique.

 

La diffusion récente des actes et la création du site dédié http://colloquecoubertin2015.critt-sl.eu  s’inscrivent dans la perspective d’accueillir les J.O. à Paris en 2024 en apportant des propositions concrètes aux responsables institutionnels et éducatifs, aux formateurs et acteurs de terrain, pour faire du sport une incontournable occasion de promotion de ses valeurs éducatives et citoyennes dans lesquelles la culture scientifique ne serait plus oubliée.

 

 

Une action innovante : le sport média d’une démarche anti-décrochage vis-à-vis des sciences

 

Malgré de louables efforts consentis, chaque année 130000 adolescents quittent le système éducatif sans un quelconque diplôme. Intégrer plus profondément le sport dans la culture scientifique moderne devient une impérieuse nécessité qui passe par un accès plus performant aux fondamentaux d’une discipline scientifique, la mécanique, par ailleurs porteuse des nouveaux emplois créés autour des sciences modernes de l’ingénieur dont le numérique et la robotique. Dès 1995, René Moreau, membre de l’Institut, manifestait le souhait de voir la mécanique mieux enseignée: « il s’agit de donner à chacun, à l’école, une meilleure appréciation de son importance stratégique, ce qui devrait être un objectif national prioritaire…  Nous avons la chance que le sport occupe une large place à l’école et intéresse beaucoup de jeunes gens. Ne pourrait-on pas s’appuyer sur les enseignants d’EPS, éventuellement dans le cadre de binômes avec leurs collègues de mathématiques ou de physique, pour initier les élèves aux concepts (force, réaction, trajectoire, puissance, quantité de mouvements, déformation …) et pour relier leurs sensations aux concepts et aux raisonnements de la mécanique ? ».

 

 

Cette démarche requiert deux conditions indispensables:

 

Un apport théorique en matière de mécanique.

 

Le corps humain doit être modélisé selon un système polysegmentaire et non plus être considéré comme un seul point matériel, fut-il le centre de masse. Cette modélisation, nous l’imposons comme l’élément théorique fédérateur entre toutes les disciplines de la classe : sciences physiques, sciences de la vie, mathématiques et informatique, EPS et technologie. Moderniser la culture scientifique en matière de mécanique pour des enseignants de ces disciplines appelés à travailler ensemble à propos du sport doit être un impératif prioritaire.

 

La  création d’outils d’analyse des gestes sportifs en 2D

 

Afin d’utiliser le sport comme thème de convergence pluridisciplinaire dès l’école primaire, il nous est apparu indispensable de créer des outils spécifiques innovants afin que les élèves puissent analyser l’efficacité corporelle relative à leurs propres prouesses athlétiques. Ces  outils, créés par Arnaud DECATOIRE ingénieur recherche RoBioSS, constituent une version simplifiée des dispositifs d’analyse employés depuis plus de 100 ans en biomécanique suite aux travaux d’un certain Georges Demenÿ.  De telles expériences présentent de l’attrait car elles  permettent à chacun de confronter les résultats obtenus avec ses propres sensations et  les explications intuitives habituellement fournies. Ainsi mettons-nous à profit la curiosité de chacun  pour répondre à quelques objectifs cruciaux du système éducatif : rénover l’enseignement des fondamentaux en mécanique, présenter les mathématiques appliquées comme un langage indispensable entre scientifiques et enfin démystifier les technologies modernes de calcul et de communication.

 

 

Une méthodologie d’intervention expérimentée et désormais validée en Poitou-Charentes

 

l Nos contenus d’intervention et nos outils ont été à la base du succès probant des camps olympiques de la jeunesse organisés pour des classes du primaire par l’Académie Nationale Olympique dès 2009 les ateliers scientifiques des COJ ont été présentés en 2012 dans les fiches pédagogiques « EPS, Sport et Olympisme » à destination des professeurs des collèges et lycées parues aux éditions EP§S à l’initiative du CNOSF et du ministère de l’éducation nationale

 

l Notre méthodologie d’intervention s’est aussi affirmée lors des classes olympiques « Sciences et Sport », menées avec le Conseil Départemental de la Vienne sous l’égide du rectorat de Poitiers et en convention avec le Comité National Olympique et Sportif Français ; elles en sont à leur dixième année de fonctionnement. Des classes de collégiens et leurs enseignants sont accueillis deux journées entières dans les salles de travaux pratiques de la faculté des sciences du sport de l’université de Poitiers. Sous la conduite des enseignants-chercheurs du groupe RoBioSS, des élèves de troisième viennent s’initier à la démarche scientifique en étudiant leurs qualités athlétiques à propos de quatre travaux pratiques :

  • Je mesure ma détente verticale
  • Je saute en longueur et je me compare au champion
  • J’analyse ma foulée de course
  • La musculation c’est quoi ?

 

Les enseignants accompagnateurs des collégiens (mathématiques, sciences physiques, S.V.T., informatique et technologie) trouvent ainsi matière à préciser des notions de leurs programmes pédagogiques respectifs en leur donnant du sens ; les élèves recueillent sur clé USB les résultats de leurs propres analyses ; le but est qu’ils puissent avoir le plaisir de décrire leur travail auprès de la cellule familiale et ceci constitue, pour chaque élève, l’élément majeur de la réussite de nos classes olympiques.   Les « découvertes » que chaque enfant fait à propos de ses  prouesses sportives viennent médiatiser au mieux son désir de savoir et son plaisir de comprendre, car elles ont du sens pour lui ; sans création de ce désir indispensable ni de ce plaisir partagé, tout espoir de donner le goût des sciences à beaucoup d’enfants   restera vain.

Nous démontrons alors que parce qu’elles sont attractives, les pratiques sportives représentent un terrain privilégié pour une première approche claire des concepts et des lois de la mécanique, la science qui explique les mouvements des objets et leurs causes.

 

 

 

l Les modalités d’un troisième  type d’action et son bien-fondé sont à retrouver sur le site des classes olympiques « Sciences et Sport »   robioss.critt-sl.eu   nous y  proposons des stages de  formation à notre méthodologie pour des équipes pluridisciplinaires d’enseignants de collèges ou de lycées ainsi qu’à l’utilisation des outils contenus dans des mallettes pédagogiques itinérantes de notre conception. Plusieurs mallettes sont déjà opérationnelles en Poitou-Charentes pour organiser en particulier des E.P.I. dans des collèges pendant l’année scolaire 2016-2017.

 

l Dans le cadre d’une convention avec l’université chilienne San Tomàs, des enseignants-chercheurs de RoBioSS vont participer prochainement à l’opération DOMO, une exposition itinérante sur l'olympisme qui va traverser le Chili ;  elle sera  l'occasion de faire connaitre le contenu pédagogique de nos classes olympiques « Sciences et sport » mais aussi  de présenter nos mallettes pédagogiques.  Six villes hôtes ont été choisies afin qu'elles  organisent dans leurs écoles des actions d’éducation à la démarche scientifique avec des enseignants de plusieurs disciplines formés par nos soins.

 

l  Par décision du Ministère de l’Education Nationale, le CRITT Sport-Loisirs a obtenu, en 2013, l’agrément national relatif aux associations éducatives complémentaires de l’enseignement public. De plus, le CRITT s’est vu renouvelé, en 2015, le  label CRT (Centre de Ressources Technologiques) délivré par le Ministère de la recherche grâce en particulier aux actions entreprises en ingénierie éducative.

 

l  Enfin, le département ingénierie éducative du CRITT Sport-Loisirs étudie l’opportunité de devenir partenaire de l’Espace Mendès-France Maison des sciences et des techniques de Poitiers dans le contrat FEDER intitulé : « Valorisation de la recherche et diffusion de la culture scientifique : projet de diffusion numérique au service des nouveaux publics sur des territoires en mutation ». Ce thème de recherche s’avère d’une actualité brûlante ; pour les experts de France Stratégies « le numérique est porteur de transformations profondes du monde de l’éducation qu’il s’agisse de savoirs, des méthodes d’enseignement ou d’organisation. Les innovations qu’il permet doivent faire l’objet d’expérimentations et d’évaluations rigoureuses pour en tirer le meilleur parti ». A ce titre, le CRITT vient de débuter un travail original de présentation numérique de notre méthodologie anti-décrochage « Sciences et Sport » qui a fait l’objet d’un dépôt de marque auprès de l’INPI.   

 

 

Notre proposition

 

Suite au  récent colloque du Comité Français Pierre de Coubertin « Le sport au service de l’éducation et des connaissances », le CRITT Sport Loisirs en partenariat avec l’Université de Poitiers, le Rectorat et le CROS Poitou-Charentes  propose de faire connaitre et de développer, dès 2017, sur le territoire de la « Nouvelle Aquitaine » des actions de vulgarisation qui font du sport le média tant recherché pour donner aux adolescents le goût pour les sciences de l’ingénieur et une approche attrayante pour les métiers du futur. Il s’agit pour le CRITT de constituer avec l’aide des enseignants-chercheurs RoBioSS  une action de culture scientifique comprenant :

 

-       La mise en forme de l’ensemble des contenus pédagogiques novateurs, résultats des recherches et d’une collaboration ancienne avec RoBioSS (Institut Pprime UPR CNRS 3346) en créant une   charte graphique,

-       la mise en page des travaux pratiques (TP) pluridisciplinaires existants, puis création de nouveaux TP permettant de conjuguer plusieurs disciplines : mécanique, mathématiques, informatique, éducation physique, physiologie, technologie,

-       des guides pédagogiques pour les enseignants des lycées et collèges,

-       une exposition numérique itinérante à propos des classes olympiques Sciences et Sport, placée sous l’égide du comité JO Paris 2024, et, reprenant les objectifs (pièce jointe) déjà poursuivis et expertisés dans l’académie de Poitiers dans le cadre d’une convention Université-CNOSF-Rectorat- CRITT,

-       une présentation, avec formation des enseignants de plusieurs disciplines des
12 départements,  des possibilités offertes par la mallette pédagogique Sciences et Sport pour réaliser au collège un E.P.I. (Enseignement pratique interdisciplinaire) avec le sport comme thème de convergence.

L’action proposée en Nouvelle Aquitaine pourrait être étendue dans les établissements d’enseignement secondaire de Paris et d’autres académies en complément de l’opération « Année de l’olympisme de l’école à l’université » dont l’un des buts est de « valoriser le sport comme outil pédagogique ». 

 

 

En conclusion

 

 Dans la perspective d’accueillir les Jeux Olympiques à Paris en 2024, nous renouvelons nos propositions concrètes et novatrices aux responsables institutionnels et éducatifs, aux formateurs et acteurs de terrain, pour faire de la fête du sport et de l’olympisme une incontournable occasion de promotion non seulement de leurs valeurs éducatives et citoyennes, toujours autant d’actualité, mais aussi celle de concepts scientifiques indispensables de nos jours pour tenter de comprendre le monde qui nous entoure.

 Serons-nous entendus ? Qu’il nous soit permis d’en rêver !

 

 

Alain JUNQUA,

Président du Centre Régional d’Innovation et de Transfert de Technologie Sport-Loisirs

Professeur émérite de l’Université de Poitiers

Administrateur de l’Académie Nationale Olympique

Initiateur des classes olympiques Sciences et Sport

Posté le mardi 10 janvier 2017